
Ozu et son double
Wim Wenders disait de ses films qu'ils sont « les plus beaux films du monde ». Aujourd'hui encore, voir un film d'Ozu reste une expérience absolument unique, à la fois pudique et cruelle, où la beauté extrême des images n'a d'égal que l'intensité des émotions qui y sont véhiculées. Le parti pris de cette étude ne sera pas de dégager une lecture unifiée d'Ozu, mais au contraire d'en suivre toujours deux en même temps - de faire d'Ozu le cinéaste double et du double par excellence. Comme s'il n'y avait pas un Ozu mais deux, Ozu et son double. Comme si le Ozu japonais courait toujours après le Ozu américain, ou comme si l'ombre du Ozu zen rattrapait toujours le Ozu subversif. Ses films inventent une stéréoscopie essentielle, voire un strabisme divergent, qui nous fait toujours voir deux choses opposées, le calme et le tourment, le mariage et l'enterrement.
La beauté des films d'Ozu est double. Elle est à la fois extérieure, géométrique et abstraite, et intérieure, comme une réserve émotionnelle, une affectivité en doublure. Ozu dessine des lignes qui ne se croisent pas à l'infini comme sur nos représentations en perspective, mais des lignes parallèles - des personnages aux destins symétriques, des histoires qui se répètent, des échos à l'intérieur de l'image et de film en film. Ces lignes parallèles, comme les cordes des instruments, consonnent et créent une musique visuelle qui est aussi celle de nos sentiments. Si Ozu a fait de ses images des compositions si belles et si sages, c'est pour nous laisser voir, comme au travers, le fond affectif et douloureux de nos vies, où chaque « Bonjour » est en même temps un au revoir et un adieu.
(sous réserve de confirmation)
Largeur : 17.0 cm
Epaisseur : 1.1 cm

